Comment devenir propriétaire de chevaux de courses, ou propriétaire-éleveur ?

La filière hippique n’existerait pas s’il n’y avait pas des propriétaires (parfois éleveurs) passionnés et fortunés pour acquérir ces magnifiques trotteurs ou galopeurs qui nous font tant rêver. Au prix d’achat du cheval (de 10 k€ à plusieurs millions d’euros), le propriétaire devra ajouter les frais d’écurie chez un entraineur (de 1K€ à 2k€ par mois). Avec de tels achats, le risque est grand de ne pas faire un retour sur investissement suffisant. C’est pourquoi, on trouve très souvent, parmi les propriétaires d’écuries, de grandes fortunes françaises (parfois) ou étrangères (souvent).

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La casaque, la toque et les manches sont décorés des ‘couleurs’ du propriétaire

Le monde des courses s’est organisé au cours des siècles de façon à laisser le moins de place possible à l’arbitraire. De nombreux paris et d’importantes masses financières étant en jeux, mieux valait éviter les disputes et réclamations. Le choix des couleurs du propriétaire était donc fondamental pour pouvoir suivre la course et identifier l’ordre des chevaux à l’arrivée. Il s’en est donc suivi une codification très stricte de tout l’apparat du propriétaire, portant principalement sur la casaque et la toque que portent le jockey ou le driver.

Selon le règlement de France Galop, les ‘couleurs’ d’un propriétaire doivent figurer parmi une gille très stricte de 18 couleurs et de 25 ‘dispositifs’ pour la casaque (alors qu’il n’y en a que 21 seulement pour le Trot), de 10 dispositifs pour la toque et même de 12 dispositifs pour les Manches.

On appelle ‘dispositifs’ un ensemble de formes diverses qui sont différenciés entre les 3 éléments : par exemple, parmi les 25 dispositifs autorisés pour la casaque d’un jockey on trouvera les formes suivantes : étoiles, losanges, bretelles, cercles,.. alors que pour les manches, le candidat propriétaire pourra choisir entre des rayures, des damiers, des pois,…

Concernant les couleurs, pas question d’utiliser les 18 couleurs règlementaires : seules 2 couleurs sont à choisir, voire une 3éme à titre exceptionnel.

Les couleurs étant choisies, voyons comment devenir propriétaire d’un cheval ?

Les mille et une façon de devenir propriétaire hippique

En fonction de votre budget et de votre impatiente à concourir rapidement, vous pourrez acquérir un jeune de l’année (un foal), un yearling (1 an révolu) ou un cheval de 2 ans pré-entrainé. Pour les plus impatients (et aussi les plus fortunés !), vous trouverez également des chevaux ‘prêt à courir’ !

Pour les adaptes, du ‘prêt à courir’, rien ne vaut mieux que d’acheter un cheval de visu lors d’une course. Il existe justement des courses dites ‘à réclamer’ qui sont spécialisées dans la vente sur pièce. Vous assistez à ces courses à réclamer, vous voyez évoluer votre prochain crack, et à la fin de la course vous faite une offre à l’aveugle, en déposant votre enchère dans une urne. Si vous êtes le mieux disant, vous emportez votre cheval : il ne vous reste plus qu’à aller ‘le réclamer’ à l’ancien propriétaire!

Une autre façon de voir votre champion avant de l’acheter est de vous rendre à l’écurie lors des séances d’entrainements. Même si vous ne verrez pas votre futur protégé en conditions réelles de courses officielles, vous pourrez tout de même apprécier sa vélocité et son caractère lors des séances d’entrainements. La négociation se fait à l’amiable entre vendeur et acquéreur.

Si vous n’avez pas le temps, ou si vous êtes trop fortuné, pourquoi ne pas envoyer un de vos courtiers assister à une vente de chevaux aux enchères. En effet des ventes publiques sont organisées chaque année entre vendeurs et futurs propriétaires. Contrairement aux enchères à l’aveugle des courses à réclamer, ici c’est bien c’est l’offre publique du plus offrant qui remporte le cheval.

Enfin, si vous avez le temps, si vous aimez la surprise et si votre fortune est limitée, pourquoi ne pas vous rendre directement chez l’éleveur pour négocier un jeune foal (moins de 6 mois). Difficile de juger sur pièce cette fois car il vous sera impossible de savoir quelles seront les futures performances de votre monture. Vous devrez vous en remettre au pedigree fourni par l’éleveur. Mais attention tout de même, en fonction de son  pedigree, certains foals ou yearlings peuvent également coûter une fortune !

Les clés pour obtenir le statut officiel de propriétaire de chevaux de courses

Être bien nanti ne suffit pas à devenir un ‘vrai’ propriétaire d’un cheval de course, ou tout au moins n’est pas suffisant pour inscrire son nouveau protégé à la première course qui se présente. En effet, quel intérêt de détenir un crack, si vous ne pouvez pas accéder aux champs de courses?

Pour avoir le statut officiel de propriétaire, il faut tout d’abord remplir un dossier auprès de l’un des 2 organismes habilités: France galop (pour les courses de Plat ou d’Obstacles) ou Cheval Français (pour les courses de Trot).

Une enquête de moralité est ensuite menée par le Ministère de l’intérieur qui donnera son avis. Si celui-ci est positif, vous serait autorisé à faire partie de la liste officielle des propriétaires. Mais auparavant vous devrez choisir vos couleurs (Casaque, Toque, Manches) selon une processus très codifié que nous avons décrit dans les lignes qui précèdent.

Quand tout sera au carré, vous serez inscrit au bulletin officiel des sociétés mères autorisées à concourir. Vous recevrez une carte de propriétaire vous ouvrant droit (à titre gratuit) à tous les champs de course.

Quelques propriétaires de renom qui ont marqués le monde hippique

Nous commencerons pas citer l’Aga Khan, une sommité dans le domaine hippique, détenteur de 4 Prix de l’Arc (un record). Le fils Karim a pris le relais de son père Aly, perpétuant une tradition familiale tournée autour de l’amour inconditionnel pour les pur-sang. Le talent appelant le talent, l’Aga Khan a su s’entourer des meilleurs jockeys comme François Mathet ou encore Yves Saint-Martin. On ne compte pas les cracks emblématiques acquis par la richissime famille, le plus exceptionnel étant sans aucun doute Zarkara.

Un autre grand passionné des chevaux a été Daniel Wildenstein, fondateur de la célèbre écurie Wildenstein, une des plus grandes institutions hippiques, rivale des meilleures écuries anglaises ou japonaises. Deux de ses  trotteurs de légende, Coktail Jet et Kesaco Phédo devaient remporter les Prix d’Amérique, respectivement en 1996 et 2004. Mais le natif de Verrières-le-Buisson, grand amateur d’art, se passionnait également pour le plat et devait remportait 4 fois le prix de l’Arc de Triomphe avec, entre autres, des cracks comme Allez France (1974) ou Peintre Célèbre (1997).

Dans un autre registre, celui plus populaire du Trot, nous citerons volontiers Jean-Paul Marmion, qui cumule les fonctions de propriétaire et d’entraineur. Installé en Maine-et-Loire, l’écurie de Jean-Paul Marmion est une référence pour les passionnés du Turf au trot.

Plus loin de nos frontières, nous nous devons de signaler un autre amoureux des pur-sang,  le cheikh Mohammed Al Maktoum, fondateur de la célèbre écurie Godolphin, située à Dubaï et en Angleterre à Newmarket.. Propriétaire d’une dizaine de haras, le cheikh (un ancien ministre de la défense de Dubaï tout de même !) a également été le fondateur des 2 célèbres hippodromes de la ville de Dubaï: Meydan et Nad Al Sheba.

Votre fortune étant bien établie, vous pouvez sans aucun doute vous installer comme propriétaire, voire comme propriétaire-éleveur de chevaux de courses. Mais si vous n’êtes par un vrai passionné, vous ne réussirez pas à développer une écurie de renom. Si l’argent contribue au succès, il ne peut pas tout acheter: heureusement pour l’éthique de ce sport-passion !